Twitter : l'inquiétant symptôme du web 2.0 par Nicolas Mérouze le 07/04/07 à 14h06 avec 0 commentaires

Aujourd'hui tout le monde en parle, porte l'outil aux nues, et y va de son petit commentaire. En réalité, chacun reprend en choeur le même refrain. Ce n'est pas l'outil qui les fascine, mais la manière dont tout le monde se l'est approprié en même temps. Ce qui fascine c'est, pour tout dire, le tipping point, ou comment tout le monde s'empare d'un outil a priori inutile pour le rendre nécessaire. Le marketeur prenant le pas sur le product manager, la popularité du produit devient la key feature. Le scénario de Myspace se répète, et le modèle de la boule de neige une nouvelle fois se vérifie.

La raison pour laquelle l'exemple de Twitter est symptomatique est qu'il illustre à merveille la logique du web 2.0. Initialement, les sites 1.0 obéissaient à la loi : valeur = nombre d'utilisateur au carré (cf. loi de Metcalfe). Le web 2.0 permet de dépasser cette équation en rendant le rapport "valeur/utilisateurs" totalement disproportionné. La question pour les sites communautaires 2.0 n'est plus de savoir ce que valent leurs utilisateurs, mais plutôt de savoir à partir de combien d'utilisateurs ils valent quelque chose. Leur intérêt se porte donc uniquement sur ce fameux point de bascule qui leur permettra de passer à une croissance exponentielle. Le fait est que trés peu y parviennent (The mathematics of Web 2.0: Why don’t ALL social networking sites experience phenomenal growth?), ce qui explique la fascination des entrepreneurs à chaque fois que le phénomène se produit.

Le plus gênant dans le cas de MySpace et Twitter est que ces produits n'ont aucune qualité intrinsèque, à cela prés qu'ils offrent la possibilité de communiquer tout le temps et à tout prix. De fait, ils sont d'immenses machines à spam (The business of spam 2.0). Pire, ils favorisent l'émission et la propagation de messages dont la seule et unique fonction n'est pas de dire quelque chose mais de construire du lien. Autrement dit, ces sites ont une fonction purement phatique : ils établissent des communications sans transmettre de messages.

Ce qui pour nous permet de distinguer la masse de la foule (intelligente ou inspirée) réside dans l'idée que nous nous faisons du statut du message sur Internet. Certains y voient un outil vide de sens, tandis qu'il véhicule pour nous une idée, un désir, un projet commun.

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